BRM 600km Beuvry-Pont de Brotonne-Beuvry

“La longue distance, ce n’est pas du vélo, c’est de l’aventure.” Cette phrase résume bien l’expérience vécue par Antoine Legrand. Ce n’est pas seulement la distance impressionnante à parcourir, mais aussi les détours imprévus, les rencontres agréables ou moins sympathiques, la météo changeante, … 

La Route​

Il est 8h ce 9 mai dernier et il va être temps de s’élancer pour un BRM 600 au départ de Beuvry, commune voisine de Béthune et dont le nom, s’il avait une orthographe différente, pourrait prêter à confusion quant à la raison de ma présence.

Mais il s’agit bien en ce samedi matin de s’élancer en direction du Mont Cassel et de ses pavés inutiles, puisque c’est bien là la raison d’être d’un secteur pavé, avant de filer vers la Baie de Somme, puis de s’élancer vers la Normandie, faire un grand tour de Rouen, descendre sur Evreux et remonter par Amiens.

Le Départ

Alors je suis là, juché sur ma selle au milieu d’une vingtaine d’autres randonneurs qui ont tous pour objectif de gagner leur ticket d’or pour Paris-Brest-Paris 2027. Très vite, on se retrouve à deux devant avec un type qui n’est clairement pas venu pour enfiler des perles et qui me confie avoir fait une partie de la Race Across Belgium avec un certain Selim du BBB. Entre papote et gros relais, on arrive à Crécy en Ponthieu, haut lieu d’une célèbre bagarre moyenâgeuse et 2ème point de contrôle. Une fois descendus de nos montures dans nos armures de lycra après 144km parcourus à du 31km/h de moyenne, je décide que continuer avec une personne ayant pour objectif de boucler PBP en 50h maximum n’est sans doute pas une bonne idée, et je préfère m’envoyer tranquillou 2 croque-monsieurs tandis que ce partenaire éphémère redémarrera sans état d’âme et dans une immédiateté insolente.

Alors je suis là, juché sur ma selle au milieu d’une vingtaine d’autres randonneurs qui ont tous pour objectif de gagner leur ticket d’or pour Paris-Brest-Paris 2027.

Les Bosses et Descentes de Normandie

Je pars donc vers la Baie de Somme, en pensant à mon goûter, que j’envisage être une bonne glace face à la Manche dont les vagues ont bercé mes jeunes années picardes. Malheureusement pour moi, je ne ferai qu’entrevoir la Baie depuis le point de contrôle suivant, et frustré par ce camouflet, déciderai avec nonchalance de faire un stop au drive du Burger King de Mers-les-Bains et dégusterai ce que l’artisanat de rocade fait de pas trop pire en matière de crème glacée.

La route commence à s’élever et les vallées normandes deviennent légion, avec des bosses assez longues pour faire bobo les jambes, mais aussi des descentes rapides qui me rappellent que le vélo est plus facile quand il ne faut pas pédaler. Je me suis fait rejoindre par un type sympa avec qui je vais partager la route jusque à mi-parcours. Celle-ci se rapproche d’ailleurs, mais voilà qu’arrivés en haut d’une côte plus raide que mon tonton un soir de nouvel an, la route est barrée pour cause du rallye de Dieppe que l’organisation n’a sans doute pas vu venir. Il faut prendre une autre route qui va nous mettre 15 bornes en plus dans les pattes avant de retrouver la trace. Après ces folles aventures, nous arrivons au Pont de Brotonne et sa piste cyclable magnifique et traversons donc la Seine avant d’enchainer d’interminables lignes droites sur des départementales dont la sympathie serait comparable à un huissier de justice sur le pas votre porte. Cependant nous arrivons à Bourg-Achard, km 306 du périple, commune dans laquelle j’ai décidé de m’embourgeoiser en réservant une chambre d’hôtel parce que les matelas en forme de trottoir avec une couverture de survie, ça va bien cinq minutes. Je ne suis néanmoins pas seul à avoir opté pour un peu de sommeil confortable.

Le lendemain, à 5h00, je repars avec 3 autres gars et m’élance dans cette seconde partie de BRM. Les bosses les plus dures sont déjà passées pour la plupart, mais un nouveau super copain apparaît à 9h00 et restera avec moi toute la journée, j’ai nommé le bon gros vent de face. Comme je me suis arrêté faire un carnage dans une boulangerie, puis prendre un café au PMU du coin, je me retrouve seul, ce que je trouve assez confortable malgré tout. Mais après une trentaine de km, je retombe sur un autre groupe qui avait pris un autre chemin lors de la déviation de la veille. Une petite dizaine de randonneurs, je me dis que face au vent, ça peut aider. Très vite, on me demande un relais, que j’accepte avec plaisir ; mais lorsque c’est à mon tour de demander à ce qu’on passe devant, c’est le vide intersidéral. Trouvant qu’on me prend un peu pour un lapin de 6 semaines, je décide que ce n’est pas très sympa et j’augmente un peu le rythme. Libéré délivré de ce peloton de sangsues maléfiques, j’arrive à Forges-les-Eaux où je vais joyeusement réaliser ce qui va instantanément devenir un de mes plus fameux accomplissements en tant que cycliste, à savoir faire cohabiter Burger King et Mac Donald sur ma carte de BRM. Je suis au km 451 et à partir de maintenant, ce sera pluie battante en plus du vent qui s’est un peu durci.

Le Retour

Une Finale diluvienne

Je traverse les campagnes qui me ramènent en Picardie sans voir la moindre silhouette sur deux roues, jusqu’à ce qu’au loin, apparaisse un point jaune fluo. Je me dis que soit c’est un autre randonneur, soit c’est un panneau. Puis 1km après, je me dit que c’est quand même marrant ces panneaux qui bougent comme ça. C’est alors que je rattrape cette âme perdue, un cycliste qui est au bout de sa vie et me dit vouloir abandonner. Je lui explique que ce serait dommage d’avoir fait tout ça pour rien, et lui propose de rester dans ma roue jusqu’à l’arrivée. Nous repartons donc sous une pluie diluvienne, avec le vent qui n’a pas baissé et le froid qui s’installe. Là, je me dis que ça va sembler long. Dernier contrôle au Mac Donald de Doullens, on remet une couche pour se couvrir, on se réchauffe comme on peut, mais tout le matos commence à prendre l’eau. Mais bon, je me dis que ce n’est rien, ça fera toujours des trucs à raconter à mes petits-enfants. Finalement, nous arriverons trempés jusqu’à la moelle mais contents quand même d’être allés au bout. La liste de ce que j’ai consommé culinairement parlant sur cette deuxième journée serait indécente à dévoiler. Comme le dit si bien mon copain Gabriel, la longue distance, ce n’est pas du vélo, c’est de l’aventure.

Antoine Legrand

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